Boulpik

Boulpik, Paris 2014 / å© N‰ÛªKrumah Lawson Daku 2014

Fondé à Port-au-Prince depuis une dizaine d’années, le groupe Boulpik perpétue la tradition quasiment révolue des musiciens de rue, animateurs des places publiques et des fêtes privées. Il interprète principalement du konpa, musique de danse apparue dans les années 50, auxquels son instrumentation acoustique donne un aspect artisanal, un son « maison » qui est aussi le son du pays : c’est le KONPA LAKAY.

En effet, en dépit d’une influence notable du son cubain, rapporté par les coupeurs de canne haïtiens qui, au début du XXème siècle, travaillaient sans relâche d’une île à l’autre, les troubadours incarnent quelque chose propre à l’identité haïtienne, un cocktail rustique des plaisirs simples du quotidien, associé à une tendresse teintée de nostalgie envers une patrie maltraitée à plus d’un titre. Boulpik, dont le nom évoque la précision avec laquelle une bille atteint sa cible, vise ici juste, que ce soit dans le souvenir de la province de Jérémie, auxquels nos six musiciens adressent une déclaration d’amour, ou dans la reprise du groupe Tabou Combo, Lakay, où le chanteur Shoubou, établi à New York, raconte avec émotion son premier retour au pays.

Pour élaborer ce son « pays » Boulpik fait le choix d’associer deux banjos, préférés à la guitare pour leur puissance sonore, la manouba (marimbula), caisse de bois munie de lamelles métalliques qui fait office de basse, et des percussions, tambour et kaskayèt (claves). La voix souple et toujours alerte du chanteur principal mène le tout avec une aisance quasi féline, passant sans effort du groove de Nèg Dafrik à la mélancolie de Si lavi te fasil. Autant d’ingrédients simples pour une recette à l’efficacité éprouvée.

Mais la richesse du répertoire de Boulpik témoigne aussi d’une époque plus heureuse où chacun de ces orchestres amateurs offrait ses propres compositions en plus d’une multitude de titres en partage. Elle rappelle également les années fastes du tourisme haïtien, illustrées ici par la balade canadienne, Je Reviens Chez Nous, curieusement tropicalisée pour mieux séduire les visiteurs venus du Nord.

Les temps ont changé, les touristes se font rares, mais Boulpik continue de chanter l’amour et l’attachement au pays, les difficultés du quotidien et la tentation de l’exil, la persévérance du musicien dans un milieu défavorable et l’espoir irraisonné d’un meilleur avenir.

Boulpik, Paris 2014 / å© N‰ÛªKrumah Lawson Daku 2014

Boulpik formed in Port-au-Prince around ten years ago. Today, they are still perpetuating an almost lost tradition of street music, performed in public places and at private events. Boulpik mainly play konpa, a dance music that first appeared in the 50s. Their acoustic instruments bring a hand-crafted feel to the genre – a “homemade” sound that is also the sound of their country: KONPA LAKAY.

Despite the strong influence of Cuban son introduced by Haitian sugar-cane cutters who labored endlessly from one island to the other at the start of the 20th century, troubadours embody a specific aspect of Haitian identity – a rustic cocktail of simple, everyday pleasures and nostalgia-tinted affection for a homeland that has been ill-used in so many ways. Boulpik (whose name suggests the accuracy of a bullet hitting its target) score a bull’s-eye here, whether the six musicians are lovingly remembering the province of Jeremie or covering a song by the group Tabou Combo, Lakay, where Shoubou (their singer settled in New York) tells of his first trip back home with great emotion.

To produce their “country” sound, Boulpik have chosen a combination of two banjos (more powerful than guitars), the manouba (or marimbula – a wooden crate with metal strips that acts as a bass) and percussion (a drum and kaskayèt or claves). The lead singer’s lithe, unfailingly alert voice rises above the music with an almost feline facility, slipping effortlessly from the groove of Nèg Dafrik to the melancholy of Si lavi te fasil. Simple ingredients in a tried and trusted recipe.

The range of Boulpik’s repertoire also suggests happier times, when each of these amateur bands played its own songs, along with many shared ones. It also reminds us of the golden years of Haitian tourism, illustrated here by the Canadian ballad Je Reviens Chez Nous (in English, A Place In My Heart), curiously tropicalized to appeal to visitors from the North.

Times have changed and there are few tourists now, but Boulpik continue to sing of their love and affection for their country, the difficulties of everyday life and the temptation to migrate, the perseverance of musicians in a hostile environment and the instinctive hope of a better future.