Thurgot Théodat

 

Thurgot Théodat - photo Roberto Stephenson

Thurgot Théodat – photo Roberto Stephenson

Thurgot Théodat est né à Port-au-Prince, en janvier 1959. A l’âge de 14 ans, il quitte Haïti pour étudier à Paris. C’est là qu’il découvre le jazz et que naît une véritable passion. Il est fasciné par les musiciens noirs-américains de free jazz, par la puissance inouïe de leur musique, la liberté qui imprègne leurs improvisations et la détermination de leur discours politique. Il les entend aussi bien à Paris qu’à New York, où il passe ses vacances : « Le jazz m’a suivi jusque dans mon lit : à New York, l’été 78, j’ai habité au 165 Bleecker Street, dans le village en face du Village Gate, puis en 1981, au 35 rue Dunois, dans le 13ème, à Paris, en face du club de jazz Le Dunois. Depuis mon lit, je pouvais écouter les plus grands jazzmen de passage à Paris. »

A l’Université, il rencontre Francis Bebey, saxophoniste, qui lui conseille de se mettre à cet instrument : à 23 ans, il achète son premier saxophone, et se lance dans un apprentissage autodidacte, influencé par Braxton, Tayler, Coltrane, Shepp. Deux ans plus tard, il joue avec les frères Belghoul avant d’être remplacé par Charles Tayler (ex-sax de Cecil Taylor) au moment où il décide de revenir vivre à Port-au-Prince.

A cette époque, Haïti vit une double effervescence, politique et culturelle. Les changements politiques précédant la chute de Jean-Claude Duvalier s’accompagnent d’un nouveau mouvement musical, dit « racine », qui prône la revalorisation de la culture paysanne et du vodou. Les groupes de musique mettent en scène les rythmes vodou en les associant parfois à des consonances modernes : rock, reggae, ou encore jazz. Thurgot vient ainsi donner une nouvelle ampleur à un groupe déjà existant : « Foula ». A l’énergie brute des tambours traditionnels, soutenus par la basse et rehaussés par la guitare, le saxophone de Thurgot apporte la véritable dimension jazz et la fougue de l’improvisation. Sans être le premier groupe haïtien à fusionner jazz et vodou, « Foula » marquera longtemps les esprits, parce qu’il incarne parfaitement, à la scène, le vent de nouveauté et le souffle de liberté qui ont marqué Haïti à cette époque. Par la suite, avec l’émigration de plusieurs musiciens, le groupe se défait. Sa dernière apparition devant le public haïtien a lieu en 1992.

De 1986 à 2002, Thurgot compose des musiques de film pour les documentaires : « Tiga » d’Arnold Antonin et « Des hommes et des Dieux » de Laurence Magloire et d’Anne Lescot. Il anime des émissions à la télévision nationale et à la radio. Il enseigne la musique à l’Ecole Nationale des Arts (ENARTS) et au Lycée Français de Port-au-Prince. Il joue avec les quelques musiciens de jazz haïtiens : Joël et Mushi Widmaier, Claude Carré, Eddy Prophète, etc.

En 2002, il crée sa propre formation, « Thurgot Théodat band », comportant en plus du saxophone : Loubens Bien-Aimé à la batterie, Marck-Richard Mirand à la basse, Evens Saint Just à la guitare, Claude Saturné et Jean-Marie Louissaint « Kebyesou » aux percussions.

En 2003, il décide de s’installer dans le Sud de la France tout en maintenant le contact avec Haïti où il réalise une tournée, en 2004, à l’initiative de l’Institut Français d’Haïti.

De retour en Haïti, il enregistre son premier disque à son nom, « Badji », avec la participation de musiciens français : le guitariste Claude Py et le batteur Séga Seck. Ce disque rend compte de plus de vingt ans de pratique du jazz et des rythmes vodou. Il est directement inspiré des travaux antérieurs du compositeur Gérald Merceron qui avait tenté, dans les années 70, un mariage avant-gardiste entre le jazz et les rythmes traditionnels. Thurgot continue sur ce chemin expérimental et marie les esprits du jazz et du vodou dans le secret du « bajdi » (pièce des péristyles vodou réservée aux objets sacrés). Il produit un véritable album de vodou-jazz où les tambours vodou sont bien présents, et les rythmes congopetwo, ou nago s’associent à un jazz fort en improvisation, swingbe bop ou free jazz, prenant parfois des accents de bossa nova, de funk ou de rock.

« Badji » signe l’entêtement d’un musicien à créer, contre vents et marées, à l’écart des modes et des circuits commerciaux, une œuvre sans concession réunissant des musiques – jazz et vodou – qui, en dépit des apparences, sont intimement parentes par leur histoire et leur signification.

Depuis janvier 2007, Thurgot Théodat dirige l’Ecole Nationale des Arts d’Haïti tout en poursuivant sa carrière de musicien et le projet « Badji » en Haïti (festival de jazz de Port-au-Prince ou festival de musique de Jacmel) et à l’étranger (festival de jazz de Pointe-à-Pitre).

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