Archives de l’auteur : Pascale Jaunay
Patrimoine culturel, éducation culturelle, industries culturelles
Réf-culture et la Fondation Emmanuel C. Paul pour le patrimoine immatériel (FECPIH) en collaboration avec le centre culturel Pyepoudre organisent, les 21 et 22 novembre 2014, les journées de réflexion sur le thème : Patrimoine culturel, éducation culturelle, industries culturelles ; axe d’un développement durable.
Trois ans après la tenue des Assises Nationales de la Culture, en juillet 2011, ces journées de réflexion feront le point et mettront en perspective les possibles en matière de protection et d’exploitation du patrimoine, d’éducation culturelle et de formation artistique et enfin, de développement des industries culturelles et créatives.
Les discussions donneront la parole successivement à des experts qui présenteront des communications dressant un état des lieux du patrimoine, de l’éducation culturelle et des industries créatives, puis aux autorités publiques, Ministères et Organismes concernés, ainsi qu’aux porteurs des initiatives privées dans les secteurs considérés. L’accent sera mis sur les actions structurantes réalisées depuis les Assises Nationales de la Culture.
La deuxième journée de rencontre réunira également un certain nombre de Ministres de la Culture des dix dernières années qui seront invités à partager leurs expériences personnelles et leurs propositions pour une meilleure continuité des actions de l’État.
Pour des raisons logistiques, les places sont limitées et la participation aux Journées de Réflexion Patrimoine culturel, éducation culturelle, industries culturelles se fait sur invitation du comité organisateur.
Sur le net:
– OIF: Haïti: journées de réflexion sur le patrimoine, l’éducation et les industries culturelles
– Haïti Libre: Patrimoine, éducation et industries culturelles
– MagHaiti : Journées de réflexion sur le thème : Patrimoine culturel…
Journée d’étude à l’UEH sur la musique du rara
Dans le cadre de sa mission de promotion de la musique haïtienne, à partir du mois de novembre, avec le soutien de la FOKAL, l’association Caracoli propose une série d’activités visant à mettre la musique du rara au cœur de l’actualité culturelle haïtienne.
Le projet « Men rara » réunit différents acteurs du monde culturel haïtien pour approfondir la connaissance formelle de la musique du rara, participer à sa diffusion et produire une œuvre musicale actuelle.
Dans un premier temps, en partenariat avec le programme de Maîtrise en Histoire, Mémoire et Patrimoine / IERAH-ISERSS de l’Université d’État d’Haïti, le vendredi 5 décembre prochain, une journée d’étude réunira des ressources humaines variées autour de la question de la musique du rara sous son aspect formel. Une vingtaine de personnes-ressources, universitaires, connaisseurs, artistes, porteurs de tradition, se réuniront afin de déterminer les grands traits caractéristiques de la musique du rara sous les aspects rythmiques, mélodiques et harmoniques, les apports historiques qui leur sont constitutifs, les spécificités organologiques, les variantes régionales ainsi que les pistes de recherche à suivre. La journée sera animée par Joseph Ronald Dautruche, enseignant-chercheur à l’UEH, docteur en ethnologie et patrimoine, qui a produit plusieurs publications sur le rara.
C’est la première fois que l’Université d’Etat d’Haïti accordera, grâce à cette journée de travail, une attention particulière à la musique du rara, considérée non pas seulement comme objet de divertissement, mais aussi comme objet d’étude.
Sur le net:
– MagHaiti : Séminaire sur la musique du rara organisé par Caracoli
– Alterpresse : Un séminaire, début décembre 2014, sur la musique du rara
– Haïti Libre: Première en Haïti: la musique du rara objet d’étude à l’UEH
– Haïti Libre: First in Haiti: the music of rara object of study in UEH
Visite de Jon Batiste à Follow Jah pour Univision
Caracoli est partenaire du projet Sud Planète en Haïti
Caracoli au WOMEX 2014
Pour son vingtième anniversaire, après Cardiff en 2013, le Salon International des Musiques du Monde, WOMEX, a fait escale en Espagne, à Saint Jacques de Compostelle, dans les somptueux locaux de la Cidade da Cultura, du 22 au 26 octobre. Comme à chaque édition, plusieurs milliers de professionnels de la musique, artistes, agences de représentation, diffuseurs, organisations internationales et journalistes, se sont réunis pour quelques jours d’un programme chargé, comportant rencontres professionnelles, conférences, foire, projection de films et showcases musicaux.
Pour la quatrième fois, Caracoli était présent au WOMEX pour représenter les groupes haïtiens de son catalogue et alimenter son réseau international. De nombreux contacts ont ainsi été renoués et de nouvelles perspectives ont également été esquissées pour les mois et les années à venir.
Les relations avec les professionnels internationaux permettent également de mieux comprendre la place éventuelle que les artistes haïtiens peuvent prendre sur la scène internationale, leurs atouts et leurs handicaps ainsi que les nouvelles configurations d’un marché confronté à la compétition mondiale, aux mutations techniques et à la crise financière.
Les showcases donnent enfin un aperçu des dernières tendances artistiques venues de tous les continents !
En plus de Caracoli, Haïti était représenté par le guitariste Wesli (Wesley Louissaint) établi à Montréal et le producteur belge Michael Wolteche.
Sur le net :
– Haitiinfoplus : Caracoli au WOMEX 2014
Orchestre Septentrional : tournée nord-américaine d’automne 2014
Atelier rara avec Follow Jah dans les écoles de musique
Chercheurs de vie
« Chèche lavi » (chercher la vie) : en résumant en deux seuls mots la périphrase « chercher les moyens de gagner sa vie », le créole haïtien pourrait laisser entendre que la vie n’est pas donnée d’avance, voire qu’il faudrait la chercher, comme on partirait en quête d’un objet perdu ou d’un trésor enfoui. De fait, Franckel Sifranc et ses compagnons musiciens de Boulpik, sont des chercheurs de vie. Aucun fait extraordinaire ne marque leur parcours, en cela semblable à celui de millions d’Haïtiens, si ce n’est que leurs atouts sont musicaux.
L’histoire de Franckel commence dans la Grand Anse, la province la plus isolée du pays, à l’extrême Ouest de la République d’Haïti, il y a une cinquantaine d’années. De son enfance, dans le village côtier de Dame-Marie, Franckel garde le souvenir de l’ambiance des « ti djaz » qui égayaient les soirées provinciales. Formations acoustiques désignées de la sorte par opposition aux « gwo djaz », auréolés du prestige de l’instrumentation moderne et de l’amplification, les « ti djaz », menés par des musiciens amateurs, se distinguent par une instrumentation rudimentaire, souvent de fabrication locale : une guitare « Matamò » à six cordes, dont le nom rappelle l’influence notable du Trio Matamoros sur le genre, ou bien un trè (guitare à trois cordes, parfois doublées, elle-même d’origine cubaine) ou encore un banjo ; une contrebasse à trois cordes ou bien un maniboula (idiophone à lamelles pincées, copiée de la marímbula cubaine) ; et pour percussion, un tambour, des maracas et autres racloir ou kaskayèt (claves), qui accompagnent le chœur des musiciens répondant au chanteur principal.
Mais à cette époque, entouré de sa famille de cultivateurs, Franckel était loin de se douter que c’est avec ces outils-là qu’il aurait à « chercher la vie ».
Pourtant, quelques années plus tard, poussé comme des milliers d’autres provinciaux par l’exode rural qui gonfle Port-au-Prince (passée de 500 000 à quasiment 3 millions d’habitants durant les cinquante dernières années), Franckel débarque dans la capitale à l’âge de 14 ans, à la fin des années 70, appelé par un frère aîné qui l’avait précédé dans cet exil. Etabli dans le quartier populaire de Delmas 4, dans le bas de la ville, il commence à gagner sa vie comme garçon de cour, pour la somme de 35 gourdes par mois (environ 7 USD). Il découvre la capitale et les troubadours qui animent ses nuits et divertissent les touristes, encore nombreux à cette époque. Peu à peu, il trouve sa place dans le cortège de « Ti Okap » dont le leader n’a laissé dans les mémoires que son surnom et le souvenir de ses succès musicaux dans différents hôtels de la capitale. C’est à ses côtés que Franckel apprendra l’art de chanter et de manier maracas et kaskayèt.
En 1980, il décide de constituer sa propre formation, « Frère Desjeunes », avec laquelle il joue pendant plus de vingt-quatre ans, entrecoupés toutefois par le départ de certains musiciens et les moult soubresauts socio-politiques qui affectent le pays. En 2004, il tente à nouveau sa chance en refondant le groupe sous le nom de « Boulpik » avec cinq musiciens plus jeunes, qu’il juge plus talentueux et plus motivés que leurs prédécesseurs.
Ces trente-quatre années de service font sans aucun doute de Franckel Sifranc un des troubadours les plus anciens de Port-au-Prince : « Je suis le père, ou plutôt le grand père, de tous les groupes troubadours de la capitale. Celui qui affirme ne pas me connaître ne peut être qu’un menteur. Tant de musiciens sont passés dans les rangs de Frère Desjeunes et de Boulpik, et j’ai collaboré avec tellement d’autres. »
Mais depuis ses débuts, les conditions de vie en Haïti ont changé de sorte que les revenus complémentaires qu’apportait la musique à ces musiciens amateurs sont devenus leurs seules ressources pour subvenir à l’ensemble de leurs besoins et à ceux de leur famille. Contrairement à tant d’autres, les musiciens de Boulpik n’ont pas succombé à la tentation de l’exil, du grand voyage vers l’étranger qui séduit souvent les chercheurs de vie, comme le rappelle la chanson « Si lavi te fasil ». Ils continuent de croire en leur bonne étoile, sans défaitisme ni apitoiement, avec une touchante simplicité et une volonté acharnée de faire le pari de la joie et de la bonne humeur.
« Nou gen yon talan
Pou nou devlope
Se twoubadou Bondye ba nou (…)
Annou chante lanmou
Annou chante lajwa
Annou chante lavi »
« Nous avons un talent à développer. C’est le Bon Dieu qui a fait de nous des troubadours. Chantons l’amour, chantons la joie, chantons la vie ».


