Le « Badji » de Thurgot Théodat en Guyane

Affiche Festival Nuits Noires 2014 webLe groupe Badji du saxophoniste Thurgot Théodat participera au festival « Nuits Noires », le jeudi 19 juin, à l’Auditorium Edmond Antoine-Edouard de l’Encre de Cayenne.
Thurgot Théodat sera accompagné de cinq musiciens : Richard Barbot (basse), James Bergeau (guitare), Willy Dezor et Jean-Mary Louissaint (tambours), Mushy Widmaïer (clavier).
Wooly Saint Louis Jean et Beethova Obas joueront le même jour, dans une soirée baptisée « Haïti Chérie ».

Sur le net:
Maghaiti: Le Badji de Thurgot Théodat en Guyane
– Le Nouvelliste : Les remous de l’actualité du jeudi 19 juin 2014
Directeinfo.com : La musique haïtienne au festival Nuits Noires

Marc Ribot présente une soirée au profit du programme pour jeunes guitaristes Frantz Casséus, le 16 juin 2014, à Brooklyn (NY, USA)

Marc Ribot 16 juinAvant que le guitariste américian Marc Ribot ne se fasse un nom de par lui-même comme musicien d’avant-garde de la scène newyorkaise et guitariste pour des célébrités comme Tom Waits , Wilson Pickett et The Lounge Lizards, adolescent, il a commencé à étudier la guitare avec un ami proche de sa famille, Frantz Casséus, père de la guitare classique haïtienne.

Après le tremblement de terre qui a dévasté Haïti en 2010, Marc Ribot a créé à Port-au-Prince, le programme pour jeunes guitaristes Frantz Casséus, en utilisant les fonds générés par les éditions de son ancien mentor, dont il a hérité après sa mort en 1993. Ce programme, géré conjointement par Haitiana Music Company, Caracoli et l’école de musique Sainte Trinité, offre un havre de créativité et de stabilité à des élèves de condition modeste.

Pour soutenir le Programme pour jeunes guitaristes Casséus Frantz, la soirée spéciale qui aura lieu dans la salle « Issue Project Room » de Brooklyn, proposera un programme d’œuvres de Frantz Casséus. Marc Ribot et deux autres disciples de Casséus, les guitaristes Alberto Mesirca (Italie) et Marc Mathelier (Haïti) rendront hommage chacun leur tour au compositeur haïtien, de même que le Trio Blastphemy (Curtis Hasselbring – trombone ; Ben Holmes – trompette, bugle ; Marcus Rojas – tuba), les chanteuses Mélanie Charles et Barbara (Perlow) Simon (qui chanta sur l’enregistrement « Haitiana » de Frantz Casséus, en 1969, réédité par Smithsonian Folkways) et enfin, le DJ Greg Caz, petit-neveu de Frantz Casséus.

La soirée célèbrera aussi la publication d’un nouveau recueil de partitions, Frantz Casséus Guitar Works for Guitar solo, compilé par Marc Ribot et Alberto Mesirca et publié par Zimmerman.

16 juin 2014
Issue Project Room,
22 Boerum Place, Ground floor

Brooklyn, NY 11201 (USA)
Avec : Marc Ribot, Alberto Mesirca, Marc Mathelier, Mélanie Charles, Barbara Simon, Trio Blastphemy (Curtis Hasselbring, Ben Holmes, Marcus Rojas) et DJ Greg Caz

7hpm : présentation exclusive VIP par Marc Ribot et Alberto Mesirca
8hpm : concert
Billets: VIP 50 USD / tout public 25 USD

Plus d’info :
– Marc Ribot : www.marcribot.com
– Issue Project Room : issueprojectroom.org/event/frantz-casseus-benefit
– Zimmerman : guitar-works

Sur le net :
– Acousticguitar.com: Ribot plans benefit for Haiti Youth Guitar Program
– The jazzman: Benefit for Haitian Youth Guitar Program feat. Marc Ribot at Issue Project Room, Brooklyn, New York.
– Maghaiti: Une soirée au profit du programme pour jeunes guitaristes Frantz Casséus, le 16 juin 2014, à Brooklyn (NY, USA)
– Brooklyndaily.com: Guitar heroes : musicians hold fund raiser for Haitian guitar school
– Haïti Libre: Concert de Marc Ribot en hommage au père de la guitare classique haïtienne
– Jazz Times: Marc Ribot to host young guitarists benefit tonight

Les troubadours BOULPIK en tournée européenne pour la sortie de « Konpa Lakay »

BOULPIK_4386Ce 12 mai sort le premier album des troubadours Boulpik chez Lusafrica.

Après avoir rencontré le producteur José Da Silva à l’occasion des Rencontres des Professionnels de la musique, organisées par la Fondation Haïti Jazz, Caracoli et l’Institut Français en Haïti, en janvier 2012, le groupe de troubadours Boulpik a eu l’opportunité d’enregistrer son premier CD: « Konpa Lakay ».

L’album a déjà reçu un bon accueil de la presse étrangère. Le magazine anglais fROOTS le classe dans sa playing list du mois d’avril et le journaliste Ian Anderson d’ajouter dans sa chronique : « Une voix lead puissante et des chœurs harmonieux, un rythme joyeusement contagieux, une production excellente qui, pour la variété, insère judicieusement des musiciens invités, sur deux ou trois pistes, à l’accordéon, au violon et à la guitare électrique, tout cela donne un album magnifique que l’on peut écouter en boucle avec le son bien fort pour une bonne humeur garantie. »

A Port-au-Prince, le groupe continue de répéter pour préparer pour sa première tournée européenne qui le verra notamment jouer en France, au festival Musiques Métisses d’Angoulême, et aux Pays-Bas, du 20 mai au 13 juin prochain.

La vidéo du titre phare « Nèg Dafrik » sera bientôt diffusée sur les chaînes de télévision haïtiennes, et le lancement de l’album est prévu après le retour du groupe, au mois de juin. Boulpik animera un bal-troubadour à l’Institut Français en Haïti le vendredi 20 juin à 7hpm.

En attendant, le Boulpik continue de jouer tous les dimanches après-midi à l’hôtel Visa Lodge.

Plus d’info :
– www.lusafrica.fr
– www.facebook.com/Boulpik.Official

Photo : Thomas Simoen

Sur le net :
– RFI: le kompa roots de Boulpik
– RFI: Haïti chez Erol Josué et Boulpik, immersion dans le vaudou et le konpa haïtiens
– HPN: les troubadours Boulpik seront en tournée en Europe
– Alterpresse : les troubadours Boulpik sortent leur premier album
– Outre-mer 1ère : Boulpik, la mélopée nostalgique des troubadours d’Haïti

Chercheurs de vie

« Chèche lavi » (chercher la vie) : en résumant en deux seuls mots la périphrase « chercher les moyens de gagner sa vie », le créole haïtien pourrait laisser entendre que la vie n’est pas donnée d’avance, voire qu’il faudrait la chercher, comme on partirait en quête d’un objet perdu ou d’un trésor enfoui. De fait, Franckel Sifranc et ses compagnons musiciens de Boulpik, sont des chercheurs de vie. Aucun fait extraordinaire ne marque leur parcours, en cela semblable à celui de millions d’Haïtiens, si ce n’est que leurs atouts sont musicaux.

L’histoire de Franckel commence dans la Grand Anse, la province la plus isolée du pays, à l’extrême Ouest de la République d’Haïti, il y a une cinquantaine d’années. De son enfance, dans le village côtier de Dame-Marie, Franckel garde le souvenir de l’ambiance des « ti djaz » qui égayaient les soirées provinciales. Formations acoustiques désignées de la sorte par opposition aux « gwo djaz », auréolés du prestige de l’instrumentation moderne et de l’amplification, les « ti djaz », menés par des musiciens amateurs, se distinguent par une instrumentation rudimentaire, souvent de fabrication locale : une guitare « Matamò » à six cordes, dont le nom rappelle l’influence notable du Trio Matamoros sur le genre, ou bien un trè (guitare à trois cordes, parfois doublées, elle-même d’origine cubaine) ou encore un banjo ; une contrebasse à trois cordes ou bien un maniboula (idiophone à lamelles pincées, copiée de la marímbula cubaine) ; et pour percussion, un tambour, des maracas et autres racloir ou kaskayèt (claves), qui accompagnent le chœur des musiciens répondant au chanteur principal.

Mais à cette époque, entouré de sa famille de cultivateurs, Franckel était loin de se douter que c’est avec ces outils-là qu’il aurait à « chercher la vie ».

Pourtant, quelques années plus tard, poussé comme des milliers d’autres provinciaux par l’exode rural qui gonfle Port-au-Prince (passée de 500 000 à quasiment 3 millions d’habitants durant les cinquante dernières années), Franckel débarque dans la capitale à l’âge de 14 ans, à la fin des années 70, appelé par un frère aîné qui l’avait précédé dans cet exil. Etabli dans le quartier populaire de Delmas 4, dans le bas de la ville, il commence à gagner sa vie comme garçon de cour, pour la somme de 35 gourdes par mois (environ 7 USD). Il découvre la capitale et les troubadours qui animent ses nuits et divertissent les touristes, encore nombreux à cette époque. Peu à peu, il trouve sa place dans le cortège de « Ti Okap » dont le leader n’a laissé dans les mémoires que son surnom et le souvenir de ses succès musicaux dans différents hôtels de la capitale. C’est à ses côtés que Franckel apprendra l’art de chanter et de manier maracas et kaskayèt.

En 1980, il décide de constituer sa propre formation, « Frère Desjeunes », avec laquelle il joue pendant plus de vingt-quatre ans, entrecoupés toutefois par le départ de certains musiciens et les moult soubresauts socio-politiques qui affectent le pays. En 2004, il tente à nouveau sa chance en refondant le groupe sous le nom de « Boulpik » avec cinq musiciens plus jeunes, qu’il juge plus talentueux et plus motivés que leurs prédécesseurs.

Ces trente-quatre années de service font sans aucun doute de Franckel Sifranc un des troubadours les plus anciens de Port-au-Prince : « Je suis le père, ou plutôt le grand père, de tous les groupes troubadours de la capitale. Celui qui affirme ne pas me connaître ne peut être qu’un menteur. Tant de musiciens sont passés dans les rangs de Frère Desjeunes et de Boulpik, et j’ai collaboré avec tellement d’autres. »

Mais depuis ses débuts, les conditions de vie en Haïti ont changé de sorte que les revenus complémentaires qu’apportait la musique à ces musiciens amateurs sont devenus leurs seules ressources pour subvenir à l’ensemble de leurs besoins et à ceux de leur famille. Contrairement à tant d’autres, les musiciens de Boulpik n’ont pas succombé à la tentation de l’exil, du grand voyage vers l’étranger qui séduit souvent les chercheurs de vie, comme le rappelle la chanson « Si lavi te fasil ». Ils continuent de croire en leur bonne étoile, sans défaitisme ni apitoiement, avec une touchante simplicité et une volonté acharnée de faire le pari de la joie et de la bonne humeur.

« Nou gen yon talan

Pou nou devlope

Se twoubadou Bondye ba nou (…)

Annou chante lanmou

Annou chante lajwa

Annou chante lavi »

« Nous avons un talent à développer. C’est le Bon Dieu qui a fait de nous des troubadours. Chantons l’amour, chantons la joie, chantons la vie ». 

Sortie du CD « Konpa Lakay » de Boulpik chez Lusafrica

BOULPIK album visualLe CD « Konpa Lakay » des troubadours Boulpik, produit par Lusafrica, sortira le 12 mai prochain.

Fondé à Port-au-Prince depuis une dizaine d’années, le groupe Boulpik perpétue la tradition quasiment révolue des musiciens de rue, animateurs des places publiques et des fêtes privées. Il interprète principalement du konpa, musique de danse apparue dans les années 50, auxquels son instrumentation acoustique donne un aspect artisanal, un son « maison » qui est aussi le son du pays : c’est le KONPA LAKAY.

En effet, en dépit d’une influence notable du son cubain, rapporté par les coupeurs de canne haïtiens qui, au début du XXème siècle, travaillaient sans relâche d’une île à l’autre, les troubadours incarnent quelque chose propre à l’identité haïtienne, un cocktail rustique des plaisirs simples du quotidien, associé à une tendresse teintée de nostalgie envers une patrie maltraitée à plus d’un titre. Boulpik, dont le nom évoque la précision avec laquelle une bille atteint sa cible, vise ici juste, que ce soit dans le souvenir de la province de Jérémie, auxquels nos six musiciens adressent une déclaration d’amour, ou dans la reprise du groupe Tabou Combo, Lakay, où le chanteur Shoubou, établi à New York, raconte avec émotion son premier retour au pays.

Pour élaborer ce son « pays » Boulpik fait le choix d’associer deux banjos, préférés à la guitare pour leur puissance sonore, la manouba (marimbula), caisse de bois munie de lamelles métalliques qui fait office de basse, et des percussions, tambour et kaskayèt (claves). La voix souple et toujours alerte du chanteur principal mène le tout avec une aisance quasi féline, passant sans effort du groove de Nèg Dafrik à la mélancolie de Si lavi te fasil. Autant d’ingrédients simples pour une recette à l’efficacité éprouvée.

Mais la richesse du répertoire de Boulpik témoigne aussi d’une époque plus heureuse où chacun de ces orchestres amateurs offrait ses propres compositions en plus d’une multitude de titres en partage. Elle rappelle également les années fastes du tourisme haïtien, illustrées ici par la balade canadienne, Je Reviens Chez Nous, curieusement tropicalisée pour mieux séduire les visiteurs venus du Nord.

Les temps ont changé, les touristes se font rares, mais Boulpik continue de chanter l’amour et l’attachement au pays, les difficultés du quotidien et la tentation de l’exil, la persévérance du musicien dans un milieu défavorable et l’espoir irraisonné d’un meilleur avenir.

Plus d’info:
– Lusafrica
– Facebook Boulpik