Chercheurs de vie

« Chèche lavi » (chercher la vie) : en résumant en deux seuls mots la périphrase « chercher les moyens de gagner sa vie », le créole haïtien pourrait laisser entendre que la vie n’est pas donnée d’avance, voire qu’il faudrait la chercher, comme on partirait en quête d’un objet perdu ou d’un trésor enfoui. De fait, Franckel Sifranc et ses compagnons musiciens de Boulpik, sont des chercheurs de vie. Aucun fait extraordinaire ne marque leur parcours, en cela semblable à celui de millions d’Haïtiens, si ce n’est que leurs atouts sont musicaux.

L’histoire de Franckel commence dans la Grand Anse, la province la plus isolée du pays, à l’extrême Ouest de la République d’Haïti, il y a une cinquantaine d’années. De son enfance, dans le village côtier de Dame-Marie, Franckel garde le souvenir de l’ambiance des « ti djaz » qui égayaient les soirées provinciales. Formations acoustiques désignées de la sorte par opposition aux « gwo djaz », auréolés du prestige de l’instrumentation moderne et de l’amplification, les « ti djaz », menés par des musiciens amateurs, se distinguent par une instrumentation rudimentaire, souvent de fabrication locale : une guitare « Matamò » à six cordes, dont le nom rappelle l’influence notable du Trio Matamoros sur le genre, ou bien un trè (guitare à trois cordes, parfois doublées, elle-même d’origine cubaine) ou encore un banjo ; une contrebasse à trois cordes ou bien un maniboula (idiophone à lamelles pincées, copiée de la marímbula cubaine) ; et pour percussion, un tambour, des maracas et autres racloir ou kaskayèt (claves), qui accompagnent le chœur des musiciens répondant au chanteur principal.

Mais à cette époque, entouré de sa famille de cultivateurs, Franckel était loin de se douter que c’est avec ces outils-là qu’il aurait à « chercher la vie ».

Pourtant, quelques années plus tard, poussé comme des milliers d’autres provinciaux par l’exode rural qui gonfle Port-au-Prince (passée de 500 000 à quasiment 3 millions d’habitants durant les cinquante dernières années), Franckel débarque dans la capitale à l’âge de 14 ans, à la fin des années 70, appelé par un frère aîné qui l’avait précédé dans cet exil. Etabli dans le quartier populaire de Delmas 4, dans le bas de la ville, il commence à gagner sa vie comme garçon de cour, pour la somme de 35 gourdes par mois (environ 7 USD). Il découvre la capitale et les troubadours qui animent ses nuits et divertissent les touristes, encore nombreux à cette époque. Peu à peu, il trouve sa place dans le cortège de « Ti Okap » dont le leader n’a laissé dans les mémoires que son surnom et le souvenir de ses succès musicaux dans différents hôtels de la capitale. C’est à ses côtés que Franckel apprendra l’art de chanter et de manier maracas et kaskayèt.

En 1980, il décide de constituer sa propre formation, « Frère Desjeunes », avec laquelle il joue pendant plus de vingt-quatre ans, entrecoupés toutefois par le départ de certains musiciens et les moult soubresauts socio-politiques qui affectent le pays. En 2004, il tente à nouveau sa chance en refondant le groupe sous le nom de « Boulpik » avec cinq musiciens plus jeunes, qu’il juge plus talentueux et plus motivés que leurs prédécesseurs.

Ces trente-quatre années de service font sans aucun doute de Franckel Sifranc un des troubadours les plus anciens de Port-au-Prince : « Je suis le père, ou plutôt le grand père, de tous les groupes troubadours de la capitale. Celui qui affirme ne pas me connaître ne peut être qu’un menteur. Tant de musiciens sont passés dans les rangs de Frère Desjeunes et de Boulpik, et j’ai collaboré avec tellement d’autres. »

Mais depuis ses débuts, les conditions de vie en Haïti ont changé de sorte que les revenus complémentaires qu’apportait la musique à ces musiciens amateurs sont devenus leurs seules ressources pour subvenir à l’ensemble de leurs besoins et à ceux de leur famille. Contrairement à tant d’autres, les musiciens de Boulpik n’ont pas succombé à la tentation de l’exil, du grand voyage vers l’étranger qui séduit souvent les chercheurs de vie, comme le rappelle la chanson « Si lavi te fasil ». Ils continuent de croire en leur bonne étoile, sans défaitisme ni apitoiement, avec une touchante simplicité et une volonté acharnée de faire le pari de la joie et de la bonne humeur.

« Nou gen yon talan

Pou nou devlope

Se twoubadou Bondye ba nou (…)

Annou chante lanmou

Annou chante lajwa

Annou chante lavi »

« Nous avons un talent à développer. C’est le Bon Dieu qui a fait de nous des troubadours. Chantons l’amour, chantons la joie, chantons la vie ». 

Sortie du CD « Konpa Lakay » de Boulpik chez Lusafrica

BOULPIK album visualLe CD « Konpa Lakay » des troubadours Boulpik, produit par Lusafrica, sortira le 12 mai prochain.

Fondé à Port-au-Prince depuis une dizaine d’années, le groupe Boulpik perpétue la tradition quasiment révolue des musiciens de rue, animateurs des places publiques et des fêtes privées. Il interprète principalement du konpa, musique de danse apparue dans les années 50, auxquels son instrumentation acoustique donne un aspect artisanal, un son « maison » qui est aussi le son du pays : c’est le KONPA LAKAY.

En effet, en dépit d’une influence notable du son cubain, rapporté par les coupeurs de canne haïtiens qui, au début du XXème siècle, travaillaient sans relâche d’une île à l’autre, les troubadours incarnent quelque chose propre à l’identité haïtienne, un cocktail rustique des plaisirs simples du quotidien, associé à une tendresse teintée de nostalgie envers une patrie maltraitée à plus d’un titre. Boulpik, dont le nom évoque la précision avec laquelle une bille atteint sa cible, vise ici juste, que ce soit dans le souvenir de la province de Jérémie, auxquels nos six musiciens adressent une déclaration d’amour, ou dans la reprise du groupe Tabou Combo, Lakay, où le chanteur Shoubou, établi à New York, raconte avec émotion son premier retour au pays.

Pour élaborer ce son « pays » Boulpik fait le choix d’associer deux banjos, préférés à la guitare pour leur puissance sonore, la manouba (marimbula), caisse de bois munie de lamelles métalliques qui fait office de basse, et des percussions, tambour et kaskayèt (claves). La voix souple et toujours alerte du chanteur principal mène le tout avec une aisance quasi féline, passant sans effort du groove de Nèg Dafrik à la mélancolie de Si lavi te fasil. Autant d’ingrédients simples pour une recette à l’efficacité éprouvée.

Mais la richesse du répertoire de Boulpik témoigne aussi d’une époque plus heureuse où chacun de ces orchestres amateurs offrait ses propres compositions en plus d’une multitude de titres en partage. Elle rappelle également les années fastes du tourisme haïtien, illustrées ici par la balade canadienne, Je Reviens Chez Nous, curieusement tropicalisée pour mieux séduire les visiteurs venus du Nord.

Les temps ont changé, les touristes se font rares, mais Boulpik continue de chanter l’amour et l’attachement au pays, les difficultés du quotidien et la tentation de l’exil, la persévérance du musicien dans un milieu défavorable et l’espoir irraisonné d’un meilleur avenir.

Plus d’info:
– Lusafrica
– Facebook Boulpik

Boulpik fait mouche avec Lusafrica

BoulpikJoseVenu pour la première fois en Haïti, à l’occasion des rencontres internationales des professionnels de la musique, organisées en janvier 2013 dans le cadre du projet « Réseau de Festivals ACP », le producteur José Da Silva était de nouveau à Port-au-Prince à la fin du mois de mai pour enregistrer le groupe de troubadours « Boulpik » rencontré à l’hôtel Plaza lors de son séjour précédent.
Fondé en 2004 dans le quartier de Delmas 4, Boulpik réunit six musiciens originaires de la Grande Anse, qui se produisent à la fois à Port-au-Prince et en province, dans les hôtels et pour les fêtes de toute sorte. La majorité de leur répertoire est constituée de leurs propres compositions où ils chantent avec la cadence nostalgique des troubadours, le souvenir de leur province natale,l’amour et les difficultés de la vie de tous les jours.
De son côté, à la tête du label Lusafrica depuis vingt-cinq ans,José Da Silva a produit de nombreux artistes de par le monde, à commencer par la diva capverdienne Cesaria Evora, mais aussi la célèbre Orquesta Aragon de Cuba ou encore le chanteur guadeloupéen Patrick St Eloi. Lusafrica compte aujourd’hui plus de deux cents références et plus de deux mille titres en circulation.
Séduit par l’ambiance de Boulpik, le double jeu des banjos et le timbre éraillé du chanteur Patrick Jean, José Da Silva a proposé à nos troubadours d’enregistrer un CD de treize morceaux qui, une fois mixé en France, devrait être disponible à compter du mois d’octobre 2013. Le pari est risqué à un moment donné où l’industrie du disque subit toujours les contrecoups d’une décennie de baisse qui a vu le marché mondial quasiment diminuer de moitié en valeur.
Espérons que Boulpik saura faire mouche une fois de plus !

Plus d’info : www.lusafrica.fr

Sur le net :
– Haiti Info Plus : Boulpik lance son premier disque en octobre 2013
– E-Karbe : Boulpik fait mouche avec Lusafrica

Hommage de l’Orchestre Septentrional d’Haïti au chanteur Michel Tassy à l’occasion de ses cinquante ans de carrière

Septent Michel TassyLe maestro Jocelyn Alce « Ti bas » de l’Orchestre Septentrional a composé un morceau en hommage au chanteur Michel Tassy à l’occasion de ses cinquante ans d’exercice au sein de l’Orchestre:

Le morceau est interprété par les chanteurs : Cubano du Skah Shah, King Kino de Phantom, Shoubou du Tabou Combo et Papito de l’Orchestre Septentrional.

Vous pouvez l’écouter et le télécharger librement au lien suivant : https://soundcloud.com/caracoli-1/orchestre-septentrional-dhaiti

Nous profitons de l’occasion pour vous rappeler que l’Orchestre fêtera cette année, au mois de juillet, ses soixante-cinq ans d’existence.

Racine Mapou de Azor : Echos de Georges Brassens aujourd’hui

Brassens; Echos d'aujourd'huiEn avril 2011, pour célébrer les 30 ans de la mort de Georges Brassens,sortait sur le label français Fanon, la compilation «Brassens, échos du monde».Cette compilation réunissait des versionsles plus inattendues des chansons de Brassens, interprétées dans les styles les plus variés, par des artistes venant de toutes les régions du monde : boléro japonais, folk russe, soft jazz polonais, punk belge, etc.

Ayant ainsi démontré avec un succès incontestable que les textes et les mélodies de Brassens ne connaissaient pas de frontières et que chaque artiste, à travers sa propre culture, pouvait se les approprier, Emile Omar, concepteur du projet a décidé de poursuivre cette expérience enthousiasmante avec de nouvelles versions créées et enregistrées spécialement pour le deuxième volume : « Brassens, échos d’aujourd’hui ».

Aux côtés de 15 autres artistes, de Mongolie, de Colombie, ou encore d’Angleterre, Racine Mapou de Azor a été choisi pour interpréter le « Testament » du poète sétois.

Cette rencontre improbable entre l’auteur-compositeur français et le grouperasin donne lieu à une interprétation qui est tout aussi bien une re-création : au fur et à mesure, les paroles s’adaptent au contexte créole alors que les tambours accélèrent le rythme de la balade pour finalement occuper tout l’espace sonore.

Par la même occasion, Racine Mapounous offre la première chanson d’amour du répertoire rasin. Comme le déclare François Fortuné, Tinonm, directeur du groupe : « Racine Mapou n’est pas limité dans ses thèmes, le fait que la musique soit héritée du vodou ne nous oblige pas à ne chanter que cela et nous sommes bien contents que ce projet nous ait donné l’occasion de parler d’amour ! ».

Racine Mapou joint ainsi sa voix et ses tambours aux « Echos d’aujourd’hui » pour témoigner à la fois de la vaste richesse musicale du monde actuel et de la modernité etl’intemporalité de l’œuvre de Georges Brassens.

Sur le net:
– Soundcloud Caracoli
– Soundcloud Fanon Records
– Haïti Libre : Racine Mapou de Azor interprète Brassens
– E-Karbe : Le groupe haïtien Racine Mapou de Azor participe à « Brassens, échos d’aujourd’hui »
– Haïti Infoplus : Racine Mapou interprète le Testament de Brassens
– Defend Ht: Georges Brassens: Echos d’aujourd’hui à travers Racine Mapou
– Le Nouvelliste : « Le Testament » de Racine Mapou

Les musiques et danses traditionnelles de la Caraïbe au cœur des débats du Congrès International « Musique, Identité et Culture dans la Caraïbe »

MIC1Le Congrès International« Musique, Identité et Culture dans la Caraïbe » (MIC), organisé conjointement par le Centro Leon et l’Institut d’Etudes de la Caraïbe, tous les deux ans, réunit universitaires, acteurs et amateurs du monde de la musique afin qu’ils partagent leurs connaissances et leurs expériences autour d’un thème prédéfini.

Après le merengue, le son et la salsa, le bolero et le jazz, le cinquième Congrès, qui s’est tenu à Santiago de los Caballeros (République Dominicaine) du 12 au 15 avril 2013, a porté sur les danses et les musiques traditionnelles de la Caraïbe à l’époque de la mondialisation.

Pascale Jaunay, directrice de Caracoli, a présenté une communication autour du traitement des musiques traditionnelles haïtiennes sur la scène musicale haïtienne et des expériences spécifiques développées par l’association Caracoli, notamment avec la bande à pied Follow Jah de Pétion-ville. Elle a partagé la session avec la musicologue cubaine Maritza Puig et le guadeloupéen Jean-Fred Castry qui ont comparé la tumba francesa et le gwoka.

Pendant trois jours, plusieurs dizaines de conférenciers de plus de quinze pays ont ainsi partagé leurs connaissances et leurs interrogations sur les musiques et les danses traditionnelles à l’époque de la mondialisation, sur les échanges multilatéraux qui sont constitutifs de ces expressions, leur vigueur et l’importance des mesures de sauvegarde qui assureraient leur pleine reconnaissance.

Les soirées du Congrès ont été animées par des groupes de danse et de musique venus de toute la Caraïbe insulaire et continentale. Racine Mapou de Azor a assuré la représentation de la République d’Haïti.

Sur le net:
– Centro Leon
– El Caribe : El Caribe toca, canta y baila en el MIC
– Listin : MIC V
– Diario Libre : Folclore musical y danzario del Caribe en tiempos de globalización

L’Orchestre Septentrional déclaré champion du Carnaval 2013!

SeptenChampion » Septentrional : Incontestable champion du carnaval national 2013, oui, le Septentrional a surpris, a ému et a plu à tout le monde. En plus des fans capois qui ont accompagné sans relâche la Boule de feu internationale tout au long du parcours et ce, pendant les trois jours gras, on se doit de se courber devant la performance LIVE de ce véritable mèt beton. A croire vraiment que eksperyans granmoun lan se nan tèt li li chita » (Ticket Magazine)

Sur le net:
– Ticket Magazine : Carnaval 213: le verdict
– Ticket magazine : Septentrional, Djakout #1 et Anbyans récompensés pour le Carnaval au Cap Haïtien
– Ticket magazine : Septen accueilli en triomphateur au Cap Haïtien
– Haïti Libre: Remise des prix du Carnaval national 2013
– Le Matin : Remise des prix aux champions du Carnaval 2013

L’Orchestre Septentrional d’Haïti en tournée en Amérique du Nord

Septen 13-04L’Orchestre Septentrional d’Haïti, champion du Carnaval 2013, est heureux d’annoncer les dates de sa tournée en Amérique du Nord.
COSEPTEN INC. PRESENTS LE GRAND ORCHESTRE SEPTENTRIONAL – Schedule of 2013 Tour
Thursday 28-mars-13: Arrival in JFK Airport
Saturday 30-mars-13: Performance in Moseley, Boston
Sunday 31-mars-13: Easter Performance atVault Café, Elmont
Friday 05-avr-13: Performance in AdriaHotel for Palastar Visions
Saturday 06-avr-13: Performance in Tropical Reflexions, Bklyn, Radio Pa nou
Sunday 07-avr-13: Performance in New Jersey
Friday 12-avr-13: Performance in Toronto, Canada
Saturday 13-avr-13: Gala au Club de Golf Metropolitain, Anjou, Montreal
Sunday 14-avr-13: Performance in Montreal
Friday 19-avr-13: Performance in « Chez Mireilles » Club, Westbury, L.I.
Saturday 20-avr-13: Performance in Hillside Banquet, Queens, NY
Sunday 21-avr-13: Farewell party by Radio Pa Nou
Friday 26-avr-13: Performance in Ft. Meyers, Florida
Saturday 27-avr-13: Special Performance Septent in Ramada Hotel, Miami, FL
Sunday 28-avr-13: Performance in Madanm Gougousse Soccer tournament, Miami, FL
Monday 29-avr-13: Departure from Miami International to PAP, Haiti

Plus d’info:
www.orchestreseptentrional.org
www.cosepten.org